Le soutien-gorge est-il en train de disparaître ?

Le soutien-gorge est-il en train de disparaître ?

Le soutien-gorge n’a jamais fait autant parler de lui… pour son absence. Il y a encore dix ans, sortir sans soutien-gorge semblait réservé à quelques personnes, ou à la maison, pour traîner en pyjama. Aujourd’hui, les chiffres montrent que de plus en plus de femmes le laissent au placard, parfois pour de bon. Mais pourquoi ce changement ? Faut-il s’en réjouir, s’en inquiéter ? Et que nous dit cette évolution sur notre société et sur le corps des femmes ? Prenons le temps d’y voir clair, loin des polémiques ou des discours tout faits.

Une histoire de contrainte

Le soutien-gorge moderne a été inventé il y a un peu plus de cent ans. Avant cela, les femmes portaient le corset, symbole de contrainte et de discipline du corps. À partir des années 1920, le soutien-gorge prend le relais, plus léger mais toujours conçu pour « tenir » la poitrine, la modeler, la dissimuler parfois. Pendant longtemps, il était impensable de sortir sans. Il s’est imposé comme un sous-vêtement indispensable, lié à l’idée de décence et de féminité en matière de lingerie.

Mais depuis quelques années, le soutien-gorge perd du terrain. Plusieurs enquêtes, dont celle de l’IFOP en 2023, montrent que près de 18 % des femmes ne portent plus jamais de soutien-gorge. Ce chiffre grimpe à plus de 40 % chez les moins de 25 ans. Cela ne veut pas dire que tout le monde s’en passe, mais la tendance est nette.

Le déclic : le confinement

Le confinement lié à la pandémie de Covid-19 a changé beaucoup de choses dans la vie quotidienne. Pour le soutien-gorge, cela a joué un rôle déclencheur. En restant chez vous, sans pression sociale, vous avez pu tester le confort du « no bra » sans avoir à sortir ni à craindre le regard des autres. Beaucoup ne sont pas revenues en arrière. C’est un peu comme les chaussures : une fois goûté aux baskets, difficile de remettre des talons aiguilles tous les jours.

J’ai moi-même une amie, enseignante, qui a mis ses soutiens-gorge de côté pendant le confinement. À la reprise, elle a essayé d’en remettre un, « juste pour voir ». Résultat : elle a tenu deux heures avant de le ranger dans son sac. « Je me sentais mieux sans, pourquoi m’imposer ça ? », m’a-t-elle confié. Ce témoignage, je l’ai entendu de nombreuses fois, autour de moi ou sur les réseaux sociaux.

Le confort avant tout

Ce qui revient, c’est la question du confort. Le soutien-gorge peut serrer, gratter, marquer la peau, gêner la respiration. Certaines armatures blessent. Quand on travaille assise toute la journée, cela finit par peser. Les modèles sans armature, ou les brassières, ont séduit beaucoup de femmes, mais là aussi, le confort du « rien du tout » attire.

Le corps, enfin, n’est plus contraint en permanence. On s’habitue vite à cette liberté. Et contrairement à une idée reçue, ne pas porter de soutien-gorge ne « fait pas tomber » la poitrine. Plusieurs études, dont celle du professeur Rouillon au CHU de Besançon, montrent que les seins ne s’affaissent pas plus vite sans soutien-gorge, du moins chez les jeunes femmes ou celles qui ont une poitrine peu volumineuse. Parfois même, le maintien naturel des muscles de la poitrine s’améliore.

Un geste revendicatif pour certaines

Le « no bra » n’est pas qu’une question de confort. Il a aussi pris une dimension de revendication. Beaucoup de femmes y voient un moyen de se réapproprier leur corps, de refuser les normes imposées. Certaines l’expriment clairement : « Je n’ai pas à cacher mes tétons ou à donner une forme parfaite à ma poitrine ».

Sur les réseaux sociaux, des hashtags comme #NoBra ou #FreeTheNipple rassemblent des milliers de publications. On y croise des témoignages, des photos, des conseils. On y débat aussi, parfois vivement. Car la question du regard des autres, surtout dans la rue ou au travail, reste forte. En France, la loi ne vous oblige pas à porter un soutien-gorge, sauf cas particulier lié à la tenue professionnelle. Mais la pression sociale, elle, est bien réelle.

La mode suit (mais pas toujours)

Face à cette tendance, les marques de lingerie s’adaptent. Beaucoup proposent désormais des brassières sans armature, des modèles ultra-légers ou des matières douces. Les soutiens-gorge traditionnels existent toujours, mais ils ne sont plus seuls. Dans les rayons, les modèles « confort », invisibles, prennent de plus en plus de place.

La mode, elle aussi, a changé. Les vêtements sont plus amples, plus doux, moins contraignants. Mais attention, tout le monde n’a pas le même rapport à la poitrine. Certaines femmes préfèrent encore porter un soutien-gorge, pour des raisons de maintien, de confort ou de silhouette. Pour les poitrines plus généreuses, l’abandon du soutien-gorge peut être plus compliqué. Ce choix reste personnel.

Un regard qui évolue lentement

La question du regard extérieur reste la principale barrière. En France, le téton féminin est souvent perçu comme « indécent » alors que le téton masculin ne choque personne. Cette différence de traitement, qui n’a rien de naturel, montre à quel point la société attend des femmes qu’elles cachent leur corps, même sous leurs vêtements.

Des études récentes montrent que les jeunes générations sont plus ouvertes sur le sujet. Mais dans la rue, au travail, à l’école, l’absence de soutien-gorge attire parfois des remarques. Les femmes qui tentent l’expérience racontent avoir reçu des commentaires, parfois déplacés, voire insistants. D’autres disent n’avoir rien remarqué du tout. La peur du regard des autres reste plus forte que la réalité, dans bien des cas.

Le soutien-gorge, accessoire ou obligation ?

Finalement, le soutien-gorge est-il en train de disparaître ? Pas totalement. Il se fait plus discret, plus optionnel. Pour certaines, il reste indispensable, pour d’autres, il ne sert plus à rien. Ce qui change, c’est le choix. Le soutien-gorge n’est plus imposé, il devient un accessoire. Un jour avec, un jour sans, selon l’envie, la tenue, ou l’activité du jour.

Ce choix a longtemps été jugé, voire interdit dans certains milieux. Aujourd’hui, la liberté s’étend, mais elle n’est pas totale. Les écoles, certains lieux de travail, imposent encore des codes vestimentaires stricts. Mais la question fait débat.

Dans un lycée de l’Allier, en 2022, des élèves ont protesté contre une note du proviseur demandant aux filles de porter un soutien-gorge « pour raison de décence ». L’affaire a fait le tour des médias. Beaucoup de parents et d’enseignants se sont interrogés : est-ce vraiment le rôle de l’école de contrôler le sous-vêtement des élèves ? La question reste ouverte.

Santé et bien-être : ce que disent les études

Sur le plan médical, le débat existe aussi. Certains professionnels affirment que le soutien-gorge protège la poitrine, d’autres non. Le professeur Jean-Denis Rouillon, qui a suivi plusieurs centaines de femmes pendant plus de quinze ans, affirme qu’il n’existe pas de preuve que le port du soutien-gorge évite l’affaissement des seins. Au contraire, chez certaines jeunes femmes, la poitrine se maintient mieux sans.

D’autres médecins rappellent que pour les fortes poitrines, le soutien-gorge peut soulager le dos ou limiter les douleurs. Mais là encore, rien d’obligatoire. C’est à chacune de trouver ce qui lui convient.

Et ailleurs dans le monde ?

Le phénomène du « no bra » n’est pas réservé à la France. Aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, la tendance se retrouve aussi, surtout chez les jeunes. Mais la pression sociale varie selon les pays. En Suède ou aux Pays-Bas, sortir sans soutien-gorge choque peu. En Espagne, en Italie, c’est parfois plus compliqué.

Les réseaux sociaux ont accéléré la diffusion du mouvement, en donnant la parole à celles qui ne veulent plus de contrainte. Mais ils exposent aussi les femmes à des critiques. Certaines ont fait le choix de ne plus s’exposer, d’autres assument au quotidien.

Le soutien-gorge a-t-il encore un avenir ?

Rien n’indique que le soutien-gorge va disparaître totalement. Mais il n’est plus un passage obligé. Les femmes s’approprient le choix : avec ou sans, selon leurs besoins, leurs envies, leur humeur. Pour certaines, un beau soutien-gorge reste un plaisir, un accessoire de mode, ou un allié pour le sport. Pour d’autres, c’est devenu un objet du passé.

Ce qui compte, finalement, c’est que le choix existe. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Porter un soutien-gorge n’a rien d’obligatoire. Ne pas en porter non plus.

La mode suivra. Le regard extérieur évoluera, lentement. Et vous, que choisirez-vous demain ?